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UTMB TDS 2026 : le bilan technique de ma course

10 septembre 2026

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Le bilan technique de ma TDS 2026 : stratégie de départ, nutrition, matériel, gestion des rares bobos, les clés de ma remontada, et ce que j'ai appris sur le plaisir de bien gérer une course.

148 kilomètres, 9 300 mètres de dénivelé positif, 33h45 de course. L'histoire de ma TDS 2026 racontait le récit. Celui-ci entre dans les détails : ce qui a été préparé à l'avance, ce qui a été décidé en course, ce qui a fonctionné et ce qui reste à améliorer.

Pourquoi cet article

Le premier article racontait l'aventure. Celui-ci entre dans les détails techniques. J'explique les choix concrets qui ont fait la course : ce qui a été préparé à l'avance, ce qui a été décidé en course, ce qui a fonctionné et ce qui reste à améliorer. L'objectif est d'être utile à d'autres coureurs qui préparent un premier 100 miles, et de documenter précisément mon retour aux fournisseurs qui m'équipent.

La préparation des dernières semaines

Trois à quatre semaines avant le départ, j'ai construit un roadbook complet, tronçon par tronçon (un tronçon par ravitaillement, pas de découpage intermédiaire sans service). Pour chaque tronçon, trois informations : le profil altimétrique, un objectif nutritionnel chiffré, et trois scénarios de temps de passage.

J'ai utilisé l'IA pour analyser les données des autres coureurs et construire ce roadbook. Le format en une page par tronçon n'est pas un détail de mise en page, c'est un choix mental délibéré. En ultra trail, il faut pouvoir ne regarder que le tronçon à venir, pas l'ensemble de la course. Visualiser la totalité du parcours restant est difficile à porter mentalement : on a l'impression que c'est trop long, qu'on ne va pas y arriver. Chaque tronçon devient alors une nouvelle course, un nouvel objectif à part entière. Je connaissais ce principe depuis mes débuts en distance longue, mais c'est la première fois que je le mets en pratique aussi concrètement, avec un outil pensé pour ça. Et je confirme que c'est vraiment ce que j'ai vécu en course : à chaque ravitaillement, je tournais la page (littéralement, sur l'application iBooks de mon iPhone) et j'attaquais un nouveau tronçon, pas la suite d'un long tout.

Ces scénarios n'étaient pas des estimations abstraites. J'ai repris les données officielles de onze coureurs de l'édition 2025, du même profil que moi (âge, index UTMB proche du mien à 624), extraites de leurs pages de suivi. J'ai construit trois hypothèses à partir de leurs temps réels :

- Ambitieux : 28h10, moyenne des trois meilleures progressions du groupe
- Réaliste : 29h34, moyenne sur nos neuf coureurs, répartis entre profils de bonne gestion et de fléchissement progressif
- Dégradé : 32h55, basé sur deux coureurs ayant connu un incident isolé en course

Un enseignement clé de cette analyse : les trajectoires de course ne divergent vraiment qu'après le kilomètre 100-120, pas au départ. Ça a orienté ma façon d'aborder les premières heures : ne pas chercher à me situer trop tôt.

J'ai terminé en 33h45:29, au-delà du scénario dégradé (32h55). Ce décalage s'explique en grande partie par la première nuit, détaillée plus bas. En comparant les classements entre l'édition 2025 et cette année, ce dépassement du scénario dégradé n'est pas propre à ma course : la plupart des coureurs de mon niveau ont mis plus de temps cette année pour un classement équivalent à celui de l'an dernier, ce qui confirme l'impact réel des conditions météo de cette édition sur l'ensemble du plateau.

J'avais choisi Les Contamines-Montjoie comme camp de base pour deux semaines : une semaine avant le départ, puis toute la semaine UTMB pour suivre la course en spectateur une fois la mienne terminée. Plusieurs raisons à ce choix : une distance raisonnable de Chamonix, à l'écart de l'agitation (un vrai avantage pour rester dans sa bulle avant la course), la possibilité de repérer tout un secteur que j'allais devoir traverser avec la fatigue de la deuxième nuit, et celle d'assister au passage des coureurs de l'UTMB le vendredi soir. Je referai le même choix si je participe un jour à l'UTMB.

En réalité, j'en ai profité pour repérer le tracé de la course lui-même, avant et après le village des Contamines, sur environ trente kilomètres. Je savais que ça m'aiderait pendant la course : ce n'était pas un simple à-côté, c'était une vraie stratégie de préparation, qui devait rester compatible avec l'objectif principal, arriver frais au départ. Deux sorties m'ont suffi, faites avec ma fille et ma nièce. Pour la première, direction le secteur Contamines-Tricot : sans monter jusqu'au col lui-même, mais avec une bonne visibilité dessus, un vrai avantage de découvrir en plein jour ce secteur que je traverserais pendant ma deuxième nuit de course. Pour la seconde, nous avons pris la télécabine jusqu'au Signal (le futur ravito du km 118) pour ne pas user mes jambes à six jours du départ, puis une légère montée à pied jusqu'à la Tête du Lac de Roselette, avec une vue à 360 degrés sur une bonne partie du parcours entre le Beaufortain et le Col du Tricot. Je suis ensuite redescendu à pied par le tracé exact de la course, Signal, Notre-Dame-de-la-Gorge, Contamines : c'est cette descente technique, parcourue les yeux ouverts avant la course, que j'ai retrouvée avec tant d'aisance pendant la seconde nuit. Au-delà de la logistique, repérer ainsi tout le secteur des Contamines est une vraie aide que je conseille aux futurs coureurs de la TDS. C'est sûrement encore mieux de pouvoir repérer davantage de portions du parcours si le temps le permet, mais s'il faut se limiter à un seul secteur, celui des Contamines est le bon choix.

Ce secteur reconnu a jalonné plusieurs moments clés de ma course. Après Hauteluce, à la tombée de la nuit, j'ai reconnu le secteur du Signal alors que j'étais encore à plusieurs heures d'y arriver : ça m'a aidé mentalement, avant même d'y être. À l'arrivée au Signal, je me suis senti comme à la maison. La descente vers Notre-Dame-de-la-Gorge a été un des moments les plus euphoriques de la course, une grande aisance, au point de me dire que je trouvais ce passage moins difficile en courant en descente, après plus de vingt heures d'effort, qu'en marchant prudemment avec les enfants. J'ai un peu payé ce lâcher-prise sur la portion suivante, jusqu'au ravitaillement des Contamines, où j'ai pourtant continué à courir à bonne allure. En repartant de ce ravito, gros coup de mou : je me suis dit que j'aurais aimé que la course s'arrête là. Mais être en environnement connu m'a aidé à accepter cette période difficile, ainsi que la montée du Tricot qui a suivi, pendant laquelle j'étais mal à l'aise sur le plan digestif. Je m'étais aussi préparé mentalement pour ce passage précis. J'avais estimé, bien avant la course, que passer ce point sans être trop diminué physiquement, sans blessure, même très fatigué, était la garantie d'aller jusqu'au bout : sentir l'écurie, comme on dit. Je n'avais pas identifié à quel point la descente technique derrière le col, que je ne connaissais pas, restait un vrai passage difficile de la course. Mais je l'ai affrontée en me sentant encore très concentré et lucide, bien conscient de mon état de fatigue, avec pour seule priorité de ne pas me blesser. Je me souviens m'être fait la réflexion d'être impressionné de conserver des appuis aussi solides dans cet état. À plusieurs reprises pendant cette nuit, j'ai eu cette drôle de sensation d'un esprit spectateur d'un corps qui fonctionne encore bien malgré la fatigue extrême, et je me suis dit que c'était sûrement la récompense de l'entraînement : pousser les curseurs à l'entraînement permet de conserver de l'aisance même en mode dégradé.

Le choix du départ : la théorie et la réalité

Mon analyse des coureurs 2025 avait aussi porté sur le placement au départ. Les données montraient qu'un départ autour de la 400e à la 450e place permettait une progression régulière tout au long de la course, sans se faire embarquer dans un rythme trop rapide.

C'était mon objectif. Je ne l'ai pas tenu : je suis entré tardivement dans le sas, et je me suis retrouvé plutôt à l'arrière de la première vague, autour de la 550e place, plutôt qu'au centre comme visé. La cause n'est pas la journée précédente, mais un dilemme vestimentaire réglé au dernier moment. L'organisation n'avait pas rendu le kit grand froid obligatoire pour cette édition, mais je l'avais tout de même emporté avec moi jusqu'au départ. Il fallait décider : le garder en intégralité sur moi, ou n'en garder qu'une partie et laisser le reste dans le sac d'allègement, remis à l'organisation juste avant le départ et récupérable seulement à Beaufort. Sans assistance, pas de solution intermédiaire possible avant ce point de la course : ce que je ne prenais pas sur moi, je ne le reverrais pas avant 92 kilomètres.

L'hésitation venait du poids à porter toute la journée du lendemain si je gardais tout, contre le risque de manquer d'un élément essentiel si je laissais une partie du kit de côté. Jusqu'au dernier moment, je suis resté en contact avec mon beau-frère, originaire de la région, pour essayer de cerner le ressenti thermique réel qui m'attendait en altitude cette nuit-là : zéro degré, ou plus proche de moins dix. Le risque d'un ressenti très froid m'a fait choisir de garder l'intégralité du kit grand froid. Ce choix m'a réellement servi pendant la nuit, mais il a eu un coût direct : le temps passé à trancher m'a fait entrer tard dans le sas, et donc mal placé pour le départ.

Conséquence directe : des premiers kilomètres passés dans les bouchons, sans pouvoir me réchauffer en bougeant, pendant que la pluie commençait à tomber. Sur le moment, j'ai regretté ce départ trop prudent.

Avec le recul, et selon l'analyse de mon coach Sébastien Lombard, ce placement en retrait m'a probablement protégé d'une autre erreur : celle de me faire embarquer dans un rythme qui n'était pas le mien, porté par un peloton plus rapide. La gestion du froid était l'enjeu prioritaire de cette nuit-là, bien avant la position au classement. L'enseignement que j'en tire pour la suite n'est pas de viser l'avant du sas, mais de sécuriser un placement au milieu plutôt qu'à l'arrière, pour éviter de subir les bouchons sans en tirer aucun bénéfice de prudence supplémentaire.

J'ai fait ce retour à Sébastien après la course, et il l'a validé : j'ai sûrement perdu du temps, des places, et la possibilité d'un meilleur classement à ce moment précis. Mais cette erreur m'a probablement aidé mentalement pour tout le reste de la course. Je l'ai considérée comme une vraie erreur de début de course, et je me suis dit qu'il fallait tout faire pour ne pas en refaire une autre. Cette vigilance, née d'un regret assumé, m'a aidé à rester concentré du début à la fin.

La nuit 1 : la gestion du froid comme priorité absolue

Quatre heures de pluie et de vent continues, dès les premières heures de course. Au Col des Chavannes, ressenti thermique négatif. Comme détaillé plus haut, j'avais fait le choix de garder l'intégralité de mon kit grand froid, pris avant le départ plutôt que laissé dans le sac d'allègement.

Ce choix n'a pas suffi à éviter un incident. Au premier ravitaillement du Lac Combal, dans la cohue, je repars sans avoir changé ma première couche trempée, avec juste un pantalon et des gants remis par-dessus. Au bout de cent à deux cents mètres, j'ai fait demi-tour : j'avais trop froid, et j'ai identifié ça comme une situation dangereuse plutôt qu'un simple inconfort. Retour au ravito pour changer complètement de première couche et enfiler une deuxième paire de gants, en plus des gants-moufles imperméables que j'avais déjà.

Ce demi-tour a coûté des places au classement (beaucoup de coureurs m'ont doublé pendant cet arrêt), mais m'a très probablement aidé pour tout le reste de ma course, en diminuant l'impact du froid. Sur cette édition, le kit grand froid n'avait pas été rendu obligatoire par l'organisation, malgré les prévisions. J'ai croisé de nombreux coureurs mains nues ou jambes nues pendant cette phase. J'avais pour ma part bonnet, double pantalon et double gants : cet équipement a fait une vraie différence.

La descente du Vallon des Chavannes qui a suivi était une patinoire, transformée en bourbier par le passage de centaines de coureurs avant moi. C'était la première fois que je ressentais le besoin d'utiliser les bâtons en descente : le seul moyen que j'ai trouvé pour rester debout et gérer la glissade permanente des chaussures. J'avais plus l'impression de faire du ski que du trail. C'est le passage le plus lent de toute ma course : 2,9 km/h.

Le matin a été un moment de délivrance. La pluie et le vent étaient passés, je n'avais plus du tout froid, et je me sentais en forme. J'ai vite ressenti un net décalage par rapport à beaucoup de coureurs, sûrement plus impactés que moi par cette première nuit. C'est à ce moment-là que je me suis dit : c'est parti, la course commence.

Il y a aussi eu l'effet du lever du jour lui-même, qui réveille et redonne une belle sensation d'énergie. Un phénomène connu, que j'avais déjà ressenti sur des courses au départ nocturne, mais aussi pendant mes années de navigation au large. Sur cette TDS, je l'ai trouvé particulièrement puissant : j'ai retrouvé cette même sensation au lever du jour de la deuxième nuit, alors que j'étais pourtant dans un état de fatigue extrême.

Ce regain s'est confirmé à Bourg-Saint-Maurice, la première base de vie de la course. J'y suis arrivé en forme, et j'en suis reparti avec la sensation d'une nouvelle course qui commençait. Autour de moi, beaucoup de coureurs semblaient très fatigués, certains abandonnaient déjà à ce stade. Ne pas me sentir impacté de la même façon m'a donné une vraie fierté, et surtout la confirmation que la remontada allait être possible.

Nutrition : ce qui était prévu, ce qui a tenu

Mon plan nutritionnel visait un minimum non négociable de 60 à 70 g de glucides par heure, réparti sur un mix de flasques (environ 40 g chacune), gels (environ 30 g), gels caféinés (environ 30 g), barres (environ 20 g) et compotes (environ 15 g, réservées à la seconde moitié de course).

Sur l'hydratation et l'alimentation liquide, j'avais délibérément réparti le risque entre deux sources : la boisson isotonique fournie par l'organisation (Naak), que j'avais testée sur d'autres courses UTMB au format 100K jusqu'à 17 heures d'effort, mais avec un début de saturation sur la fin, et ma propre poudre (Baouw), aux ingrédients plus naturels, moins chargés en glucides, mais du coup moins écœurante.

Ce choix s'est révélé juste. En fin de course, la boisson Naak ne passait plus du tout : je ne supportais plus le goût ni la texture. La boisson Baouw et ses gels sont restés efficaces jusqu'à l'arrivée. Je suis fier de cette stratégie, imaginée seul, par un mélange de tests réels et de partage du risque face à l'inconnu sur la durée d'un ultra.

Mon seul vrai accroc nutritionnel est survenu au Col du Tricot (130 km, 29 heures de course) : nausées, incapacité totale à m'alimenter ou à boire autre chose que de petites gorgées d'eau, le temps de la montée. Dès le début de la descente, l'inconfort a disparu et j'ai pu reprendre l'alimentation immédiatement. Sur 33h45 de course, cet épisode aura duré environ seulement une heure, je m'en sors vraiment bien. Sébastien avance une explication physiologique : une redistribution sanguine liée à un engagement musculaire important dans la descente précédente vers les Contamines, qui aurait perturbé la digestion au moment de relancer l'intensité en montée. C'est un phénomène documenté, y compris chez les coureurs élites, lors des variations brutales d'intensité.

En dehors de cet épisode, j'ai réussi à respecter mon plan nutritionnel du début à la fin. C'est sûrement la clé principale de ma course : conserver de l'énergie jusqu'au bout malgré un état de fatigue extrême, et ne jamais vivre les hallucinations que racontent certains coureurs pendant une deuxième nuit blanche. Une nutrition insuffisante accentue logiquement la fatigue, et je pense que ce plan tenu m'en a protégé.

Pendant la deuxième nuit, j'ai aussi testé pour la première fois ce que proposent les ravitaillements au-delà de ma propre nutrition : un peu de grignotage salé, saucisson, pain, fromage. Ça m'a sûrement aidé à continuer d'accepter ma nutrition ultra-sucrée en parallèle, en apportant une rupture de goût bienvenue sur autant d'heures d'effort.

Matériel : les choix validés

Chaussures. J'ai couru en Salomon S/LAB Ultra 3, un modèle que j'utilise habituellement plutôt sur les distances courtes et les entraînements, mais que mon coach (spécialiste du minimalisme) m'a incité à adopter en montagne pour sa stabilité, après plusieurs frayeurs de cheville qui tourne avec mon modèle utilisé sur toutes mes courses bretonnes et courses de montagne précédentes, la S/LAB Genesis. La S/LAB Ultra 3, plus minimaliste, a une semelle plus rigide, moins épaisse, avec le même drop de 8 mm que la Genesis : depuis ce changement, plus aucun problème de cheville en descente engagée. J'avais validé cette paire pendant ma semaine d'entraînement dans les Pyrénées et au Verbier Saint-Bernard 2026, j'étais en confiance.

Quelques semaines avant la TDS, la nouvelle version Genesis (qui corrige justement les problèmes de stabilité de l'ancienne) est sortie. J'ai eu de très bonnes sensations en la testant. J'ai hésité à basculer dessus pour la course. J'ai choisi de rester sur une paire validée plutôt que de prendre le risque d'une chaussure neuve, avec le risque classique d'échauffements et d'ampoules sur un format aussi long. Vu les petites gênes aux pieds que j'ai quand même rencontrées (détaillées plus bas), je suis convaincu d'avoir fait le bon choix : rien de comparable à ce que subissent certains coureurs sur ce genre de distance, que ce soit à cause d'une chaussure neuve ou tout simplement d'un mauvais choix de chaussure, neuve ou pas.

Je comprends que beaucoup de coureurs soient attirés par le confort des chaussures avec beaucoup d'amorti, donc avec des grosses semelles molles. J'en ai fait partie aussi. Mais aujourd'hui, sans être encore totalement sûr de moi, je me demande si ce n'est pas une grosse erreur pour une pratique montagne. Diminuer le risque de se tordre une cheville me semble être une priorité, aussi bien quand on est encore en forme et qu'on s'engage dans les descentes, que quand on est fatigué et que les appuis en descente sont moins solides. L'amorti ne sert strictement à rien dans les montées. Je le sais parce que j'utilise de vrais minimalistes (Merrell Trail Glove) en randonnée. Je pense qu'on n'a pas besoin non plus de beaucoup d'amorti en descente, puisque la bonne technique sécuritaire réclame de ne pas taper du talon. Finalement, il n'y a que sur les parties roulantes que l'amorti peut apporter du confort, mais elles sont peu nombreuses sur des courses de montagne, et prises à faible vitesse par la plupart des coureurs.

Veste. Sur ce point, j'aurais pu être mieux équipé pour avoir encore moins froid sous la pluie. Le tissu de ma veste n'était pas assez déperlant. Il s'imprègne d'eau, même si celle-ci ne traverse pas grâce à la membrane, mais cette imprégnation accentue le ressenti du froid. Je m'en étais aperçu lors d'une randonnée sous la pluie quelques jours avant la course, et j'avais fait un traitement pour réactiver la déperlance, qui semblait avoir fonctionné sur le moment. Mais avec quatre heures de pluie continue, je l'ai visiblement reperdue. Je voyais bien que d'autres coureurs portaient des vestes avec une déperlance bien plus performante. C'est un phénomène qui joue beaucoup sur le ressenti du froid, surtout combiné au vent. Je suis vraiment déçu sur ce point : c'est une veste haut de gamme récente, que j'ai volontairement peu utilisée pour espérer préserver ses qualités le plus longtemps possible. Je pense qu'elle les a perdues au Verbier, une course que j'avais aussi courue dans des conditions bien pluvieuses. J'ai prévu de faire remonter cette information au fournisseur. Je peux comparer avec une autre veste, que j'utilise beaucoup plus souvent, y compris à l'entraînement, et qui conserve ses qualités déperlantes dans la durée. J'avais hésité à la prendre à la place, vu les conditions annoncées, mais elle est trop ajustée pour pouvoir se porter par-dessus le sac. Or je trouve important de pouvoir jouer avec les deux options en course. Quand on sait qu'on part pour plusieurs heures de pluie continue, mieux vaut porter la veste sous le sac, pour garder un accès facile aux poches et rester régulier sur l'hydratation et la nutrition (un conseil que mon coach m'avait transmis avant la course). Mais c'est aussi utile de pouvoir porter la veste par-dessus le sac, sur des moments de pluie intermittente, pour pouvoir l'enlever et la remettre facilement.

Sous-couches thermiques. Pendant toute une période, je n'utilisais que des sous-couches en laine mérinos. Puis je suis repassé au synthétique, que je trouvais plus rapide à sécher. Ayant les deux avec moi sur cette course, j'ai pu comparer directement, et le constat est net en faveur du mérinos : elle garde sa capacité à tenir chaud même mouillée, alors que le synthétique, une fois mouillé, ne sert quasiment plus à rien niveau chaleur. Mon demi-tour au premier ravitaillement du Lac Combal, c'était avant tout pour ça : retirer ma sous-couche synthétique trempée et la remplacer par la sous-couche mérinos que j'avais en rechange dans mon sac.

Gants. Là, aucune réserve : le système a parfaitement fonctionné. Ce sont des gants Salomon imperméables, avec une partie moufle qu'on peut retrousser pour libérer les doigts dès qu'il faut faire un geste précis (manipuler une fermeture éclair, une flasque, une frontale). Ils n'ont en revanche pas d'épaisseur propre, donc je les complète avec de petits gants chauds en laine portés en dessous. La combinaison des deux a couvert tous les besoins de la nuit 1 : chaleur, imperméabilité, et dextérité quand il le fallait. La nuit 2, plus douce, je n'ai gardé que les gants Salomon, en jouant uniquement sur le système moufle : rabattue dès qu'un coup de frais arrivait, retroussée sur le poignet dès que ça se réchauffait. Un système que j'avais déjà beaucoup apprécié à une autre époque, avec des gants néoprène au système similaire, en kitesurf.

Pantalons. Deux pantalons Salomon, avec des rôles bien distincts. Le premier n'est pas complètement imperméable : il protège seulement l'avant de la pluie et du vent, pour garder un maximum de confort à l'arrière. Depuis que je l'ai découvert, c'est celui que je porte à la place d'un legging classique sur mes sorties fraîches hivernales. Le deuxième est un pantalon totalement imperméable, celui qui remplit l'obligation de matériel obligatoire. J'étais parti avec le premier déjà sur moi, et j'ai enfilé le deuxième par-dessus dès que j'ai été confronté au vrai mauvais temps. Je précise que le premier pantalon fait aussi partie de mon kit grand froid, puisqu'il correspond à l'obligation de matériel qui impose un pantalon ou un collant de sous-couche. La plupart des coureurs choisissent un simple caleçon long pour cette obligation, souvent sans l'avoir testé sur une longue distance. Or je sais que certains se sont retrouvés, l'an dernier sur l'UTMB, qui s'est également couru dans des conditions difficiles, avec de grosses irritations à l'entrejambe à cause de ce type de sous-vêtement enfilé sous le short. Un détail qui semble anodin sur le papier, mais qui peut vraiment gâcher une course.

Montre GPS. Ma montre est une Garmin Fenix 6X, un modèle qui a déjà trois ou quatre ans. Elle a tenu toute la course, plus une randonnée de quatre heures le lendemain, avant de rendre l'âme. J'aurais donc pu tenir jusqu'à environ trente-huit heures de course, alors que Garmin annonce 60 heures quand elle est neuve. Je pense que sa batterie commence à perdre en autonomie avec l'âge, et il faudra sans doute que j'envisage un changement de montre, ou au minimum de batterie, avant les ultras de l'année prochaine.

Téléphone. J'ai une vraie petite stratégie sur ce point : un iPhone mini réservé uniquement à mes courses, choisi pour sa légèreté et son faible encombrement. En ne l'utilisant pas au quotidien, je préserve l'autonomie de sa batterie. Pour des courses jusqu'à quinze heures, son autonomie suffit largement. Pour la TDS, en revanche, j'ai dû le recharger via mon powertank, mais c'était prévu dans le calcul de poids : je restais gagnant en gardant mon petit powertank plutôt qu'un téléphone plus autonome mais plus lourd, surtout avec la possibilité de récupérer un powertank rechargé dans mon sac d'allègement à Beaufort. Côté protection, l'iPhone a déjà une bonne étanchéité native, mais comme la plupart des coureurs, je le glisse dans un petit sac plastique pour une protection supplémentaire.

Frontales. Avec la Petzl Nao RL, en mode adaptatif pleine puissance, je tiens cinq à six heures, donc pas la nuit complète. J'ai emporté deux frontales Petzl Nao RL identiques plutôt qu'une frontale avec batterie de rechange, pour un changement bien plus rapide, batterie déchargée, sans avoir à m'arrêter, et surtout pour garder le même confort de puissance d'éclairage sur toute la course en cas de vraie panne. Le choix est né d'un mauvais souvenir : à Nice 100K, le besoin d'un changement de batterie m'avait laissé à l'arrêt sur le sentier, dans le noir.

Ce choix ne remplace pas l'équipement obligatoire de la course, qui demande deux frontales, chacune avec sa propre batterie de rechange. Prendre deux batteries de rechange supplémentaires pour mes deux Nao RL aurait été lourd. J'emporte donc, en plus de mes deux Nao RL, une toute petite frontale complémentaire qui reste au fond du sac, pour remplir cette obligation. Comme cette petite frontale a une batterie interne non amovible, la règle impose d'avoir un powertank pour la recharger. Ça tombe bien : j'en prends déjà un pour mon téléphone, il sert donc aux deux. Pour ce powertank, j'utilise le meilleur compromis que j'ai trouvé sur le marché entre puissance, encombrement et légèreté : une batterie Nitecore en carbone de 6000 mAh. Pour assurer mon autonomie en énergie sur toute la course, j'avais placé dans mon sac d'allègement, récupérable à Beaufort, deux batteries pour mes frontales Petzl Nao RL et un powertank de rechange, pour repartir avec la configuration complète sur la seconde partie de course.

Bâtons. J'utilise des bâtons Leki en carbone, à dragonne classique. J'apprécie de ne rien avoir dans les mains quand je n'utilise pas les bâtons. En fin de course, j'ai quand même été gêné par ce système : sur les dragonnes classiques, on passe la main dans la boucle pour pouvoir s'appuyer dessus sans avoir à serrer fort la poignée, ceux qui connaissent voient de quoi je parle. En fin de course, je n'arrivais plus à faire ce geste, la boucle me sciait l'intérieur de la main. Je me suis dit à ce moment-là que j'aurais peut-être été mieux avec la dragonne détachable, le système Leki que la plupart des coureurs utilisent. Il faudrait que je teste.

Sac. Sac S/LAB Ultra 12, réservé à mes courses 100K et 100M de montagne. Ce n'est pas un petit sujet à prendre à la légère : sauf vraie démarche volontaire d'entraînement, on teste rarement, en dehors d'une course, un sac aussi chargé pendant autant d'heures. J'avais quand même fait un test dans les jours qui précédaient la course, avec le chargement complet, et optimisé le rangement en identifiant quelques petites gênes, comme des appuis de points durs du matériel rangé dans les poches. Son confort sur toute la durée de la course est validé, sans réserve. C'était une vraie appréhension avant le départ : je ne l'avais validé que sur 15 heures de course, au Verbier. Mes expériences précédentes avec ce sac, un entraînement dans les Pyrénées et cette course au Verbier où j'étais assisté, ne m'avaient jamais amené à le charger autant. Au-delà, c'était l'inconnu, et je sais que beaucoup de coureurs sont gênés par des irritations liées au sac sur les ultras. Je n'ai eu absolument rien, pas le moindre début d'irritation, sur 33h45 de course. J'ai aussi beaucoup apprécié les deux grandes poches à fermeture éclair : perdre un équipement en course est un vrai stress, chaque pièce comptant. En revanche, j'ai eu un inconfort sur la place disponible pour loger tout l'équipement et toute la nutrition : j'étais vraiment juste, à devoir tasser fort. C'est un excellent sac pour un coureur assisté. Pour un ultra en totale autonomie, il est un peu limite, à cause du volume de nutrition à embarquer sur la première partie de course, jusqu'à Beaufort (92 km). J'avais aussi une ceinture complémentaire pour gagner de la place, notamment pour une troisième gourde, mais je ne l'ai pas supportée, j'ai fini par la retirer : son appui sur le bas-ventre me gênait. Une fois cette ceinture retirée, la troisième gourde a pris la place que j'utilise habituellement pour ma veste, la poche arrière basse, accessible sans avoir à retirer le sac. Résultat : un vrai inconfort pour ranger la veste une fois cette poche occupée, soit en la gardant à la main ou autour de la taille, soit en devant retirer complètement le sac pour la replacer correctement dans la grande poche arrière. Malgré ces inconvénients d'organisation, je vais continuer avec ce sac : avoir validé son confort sur la durée, sans le moindre risque d'irritation, reste le point le plus important.

Cardio. J'ai changé de méthode de mesure pour cette course : ma ceinture cardio habituelle (une ceinture Garmin) me provoque des irritations au-delà de 15-17 heures d'effort (déjà rencontré au Verbier et à Nice), j'ai donc basculé sur un brassard Coros pour la TDS.

Vous pouvez trouver les références exactes de mon équipement et plus d'informations sur ma [page matériel](https://davidcano.run/materiel).

Les bobos et les douleurs : je m'en sors très bien

Les pieds sont la zone qui a le plus souffert, sans jamais devenir un problème majeur.

Dès Bourg-Saint-Maurice (51 km), premier échauffement entre les orteils du pied gauche. Un point faible que je connais déjà, identifié avec mon podologue : deux orteils qui se frottent un peu plus que les autres (rencontré aussi à Nice). Sur cette course, ce frottement naturel s'est ajouté à une cause probable supplémentaire : la boue entrée dans la chaussure pendant la nuit 1, qui laisse le sable une fois l'eau évacuée. Les deux causes cumulées ont accéléré l'échauffement. Premier nettoyage complet des pieds, crème, à ce ravito.

Vers la mi-course, une douleur inédite est apparue derrière le talon gauche, sur la zone du tendon d'Achille : pas d'ampoule visible, juste un point d'appui inhabituel. Une pliure de peau marquée s'est aussi installée sous l'avant-pied droit, déjà rencontrée à Nice. J'ai décidé de gérer plutôt que de m'arrêter : tant que la douleur n'augmentait pas, je continuais normalement.

À Beaufort, nouveau nettoyage complet, changement de chaussettes, crème en quantité sur les zones de frottement entre les orteils (efficace, plus aucune gêne ressentie ensuite à cet endroit). J'ai terminé la course avec la douleur d'appui au tendon d'Achille constante, gérable, sans aggravation.

À l'arrivée, aucune ampoule véritable, mais l'incapacité de remettre des chaussures qui appuient sur cette zone du tendon d'Achille pendant plusieurs jours. Mes chaussures de randonnée Merrell, moins agressives sur cette zone précise, ont été les seules portables pour marcher les jours suivants.

À l'inverse, quasiment aucune douleur musculaire ou articulaire ailleurs : pas de courbatures marquées aux quadriceps, quelques tensions passagères aux chevilles et légères douleurs au genou en début de course qui ont disparu après huit à dix heures d'effort, comme sur mes précédentes courses longues (Verbier, Nice).

C'est le retour que j'ai fait à mon coach à l'arrivée : j'estime avoir bien géré ce problème de pied, une gêne qui s'est stabilisée sans jamais m'empêcher d'avancer. Et je pouvais être content de n'avoir que ça, avec aucune douleur ailleurs, et surtout aucune douleur aux quadriceps jusqu'à la fin. Ça m'a permis de rester performant en descente et de courir sur le plat à chaque fois que c'était possible, contrairement à d'autres coureurs que j'ai vus en difficulté à cause de leurs quadriceps douloureux. C'est une vraie fierté, la récompense de toutes ces heures passées en salle de musculation, et surtout une revanche sur mes premiers trails longs en Bretagne, au cumul de dénivelé très inférieur, où je m'étais retrouvé diminué par des douleurs aux quadriceps, à une époque où je ne faisais pas de renfort musculaire.

Les clés de la remontada

Parti autour de la 550e place, arrivé 195e sur 715 finishers. Avec le recul, voici ce qui a le plus compté pour réussir cette course dans de bonnes conditions et transformer un mauvais départ en remontée constante :

- La nutrition tenue du début à la fin. Le plan (60 à 70 g de glucides par heure) respecté sans écart m'a aidé à maintenir une énergie minimum sur toute la course, et sûrement évité une fatigue qui aurait pu être encore plus extrême la deuxième nuit.
- La priorité donnée au froid dès la nuit 1. Kit grand froid, sous-couche mérinos, gestion des vestes selon l'intensité de la pluie : rien n'a été laissé au hasard sur ce point, malgré l'erreur de placement au départ.
- Le placement au départ, entre erreur assumée et prudence volontaire. Le mauvais placement dû au dilemme vestimentaire est devenu un déclencheur de concentration plutôt qu'un sujet de regret, pour éviter toute autre erreur sur le reste de la course. Et indépendamment de cette erreur, mon analyse de course estimait un classement final possible autour de la 150e à la 200e place : j'aurais pu viser un départ parmi les deux cents premiers coureurs, mais je savais le risque, ne pas réussir à tenir cette place et fragiliser mon mental en la voyant filer. C'est aussi pour cette raison que je m'étais laissé, dans ma stratégie en mode aventure, la possibilité de vivre une remontada motivante. Le reste de ma saison ne m'avait pas mis en confiance pour une stratégie de positionnement trop ambitieuse sur le début de course : j'avais de toute façon décidé de partir avec beaucoup d'humilité sur cette TDS. J'avais obtenu mon index UTMB grâce à mes courses de 2025, mais je n'avais pas réussi à le confirmer en 2026.
- La récompense d'une expérience progressive. Des courses de cinquante à quatre-vingts kilomètres en Bretagne, entre cinq et huit heures d'effort, puis trois courses au format cent kilomètres en montagne, entre treize et dix-sept heures. Autant d'occasions de tester et de valider du matériel et de la nutrition qui ont ensuite fait leurs preuves sur la TDS.
- Le mode aventure plutôt que le mode compétition. Une stratégie de course, pas une façon de se rassurer, réactivée à chaque coup de mou. Le mode chasseur, comme l'appelle Sébastien, une façon de transformer la fatigue en jeu plutôt qu'en épreuve, s'activait de lui-même, sans le forcer : plus la récompense d'une bonne gestion de course qu'une prise de risque d'attaque.
- L'absence de douleur aux quadriceps. La récompense de mes heures de renforcement musculaire, qui m'a permis de rester performant en descente et de courir sur le plat jusqu'au bout, contrairement à d'autres coureurs vus en difficulté sur ce point.
- La gestion pragmatique des pieds. M'en occuper à chaque base de vie, sans jamais laisser les choses s'aggraver, a suffi : c'était le seul souci physique que j'avais à gérer sur toute la course, c'était important que je m'en occupe.
- Une gestion stable de l'effort. Rester le plus possible en zone deux, avec de rares incursions en zone trois, surtout en première partie de course. Sur la deuxième nuit, à l'inverse, un plafonnement parfois en zone un à cause de l'extrême fatigue, une autorégulation naturelle du corps, peut-être aussi de petites baisses glucidiques à ces moments-là. Le mode chasseur, déjà évoqué plus haut, a aidé à bien gérer l'ensemble de ces paramètres. Autre principe tenu du début à la fin, y compris la deuxième nuit : jamais de pause en dehors des ravitos. J'ai vu beaucoup de coureurs faire des pauses pour manger ou juste prendre le temps de récupérer. Moi, dans les moments un peu difficiles ou pour me nourrir, j'ai toujours préféré ralentir le rythme plutôt que m'arrêter : ranger mes bâtons, prendre cinq minutes pour manger un gel plus à l'aise, mais en continuant à monter lentement.

Le mental en ultra : l'analogie avec la course au large

En débriefant avec Sébastien, j'ai fait un parallèle qu'il a beaucoup aimé, hérité de mes dix ans dans le team Actual en course au large : celui qui gagne une course au large n'est pas celui qui n'a fait aucune erreur, c'est celui qui en a fait le moins. La gestion d'une course au large de plusieurs semaines est trop complexe pour espérer une course sans faute. Tout le monde en fait.

Je crois qu'un ultra trail obéit à la même logique. C'est une course au large condensée : la même gestion resserrée sur quelques dizaines d'heures. Le matériel, la nutrition, l'absence de blessure, le rythme adapté à la longueur de l'épreuve, et la stabilité du moral, qui peut basculer d'une phase de déprime à une phase euphorique en quelques kilomètres.

Sur ce dernier point, j'ai souvent entendu en course au large que l'idéal serait un mental parfaitement stable. La réalité est différente : les pertes de contrôle, dans un sens ou dans l'autre, sont difficiles à éviter complètement. Ce qui compte, c'est de savoir les repérer et de se ressaisir, que ce soit après un passage à vide ou après un excès d'euphorie, comme celui de la descente vers Notre-Dame-de-la-Gorge ou le coup de mou au ravitaillement des Contamines, racontés plus haut.

Le départ mal géré, décrit plus haut, en est un autre bon exemple. Il y a eu une vraie phase de prise de tête sur le moment. Mais je l'ai transformée en décision, qui m'a servi sur tout le reste de la course : rester un maximum concentré sur l'ensemble des paramètres de ma gestion de course pour éviter d'ajouter d'autres erreurs à celle-là. La grosse erreur était faite, il fallait maintenant minimiser le risque d'en commettre d'autres.

Sur l'ensemble de la course, je n'ai eu que deux vrais coups de mou mentaux. Le premier à la base de vie de Beaufort, où j'ai mis un petit moment à me remettre dans la course : j'ai eu tendance, à ce moment-là, à me projeter sur tout ce qu'il restait à parcourir et à le trouver long. Je m'étais ressaisi en me rappelant qu'il fallait que je me concentre sur le tronçon en cours, et que j'étais encore dans un bon classement pour relancer ma chasse. Le second, déjà évoqué plus haut, après le ravitaillement des Contamines : la même erreur, en me laissant impressionner par le gros morceau qu'il restait encore à faire, mais accentuée par la fatigue et par toute une phase où je me suis retrouvé seul, sans apercevoir de coureurs, ni devant, ni derrière. Là aussi, il a fallu puiser pour relancer la course, me rappeler que la nuit ne m'impressionne pas, même seul, qu'au contraire j'adore ça, et que ce n'est pas le cas de tous les coureurs.

La montée du Col de Tricot, elle, relevait d'une autre gestion : un coup de mou physique, pas mental, avec une vraie envie de le faire passer. J'étais concentré sur la gestion technique du problème (m'alimenter dès que possible, ne pas forcer) plutôt que sur un travail sur la tête.

Ce que je change pour la suite

Quatre ajustements concrets, déjà identifiés avec Sébastien pour mes prochaines courses de ce format :

Le placement au sas de départ. Viser le milieu du peloton plutôt que l'avant, mais sécuriser ce placement en amont pour ne pas se retrouver bloqué à l'arrière par manque de temps.

Une chaussette de rechange systématique dans le sac d'allègement, protégée dans un sac plastique. Le pli de peau sous l'avant-pied est directement lié au temps passé avec une chaussette mouillée. Sur cette course, il aurait fallu que je change de chaussettes avant même de récupérer mon sac d'allègement, par exemple le matin à Bourg-Saint-Maurice, après la nuit très humide qui a précédé, pour limiter ce risque.

Une meilleure organisation du sac d'allègement. Ce sac d'allègement est un format obligatoire fourni par la course. L'heure passée à Beaufort (récupération du sac, soin des pieds, changement de tenue) m'a semblé mal gérée sur le moment. J'avais pourtant l'impression d'avoir bien rangé mes affaires, réparties dans plusieurs petits sacs à l'intérieur du sac d'allègement, mais avec la fatigue et l'envie d'aller vite, j'ai vraiment eu la sensation d'une grosse désorganisation. L'idée pour la prochaine fois : trouver un système de sac pratique à glisser dans le sac d'allègement obligatoire, qui s'ouvre ou se déroule sur la table avec tout clairement à disposition, comme le font les équipes d'assistance qui étalent déjà tout avant l'arrivée du coureur. Cette solution n'existe pas encore, à moi de la trouver ou de la fabriquer.

Moins de boisson d'effort, plus de gels. À chaque ravito, j'ai perdu du temps à gérer ma boisson d'effort : récupérer le sachet de poudre, l'ouvrir, verser la poudre, ajouter l'eau, sans en mettre à côté. J'ai bien digéré les gels Baouw sur cette course, surtout accompagnés d'eau simple, et je pense pouvoir en absorber davantage. L'idée n'est pas un changement radical, mais un entre-deux : moins de sachets de boisson d'effort, plus de gels, de l'eau simple dans mes gourdes. À tester sur des courses plus courtes avant de l'appliquer sur un format comme la TDS. Un point à faire remonter à Baouw sur le format plat des sachets : la poudre a tendance à se tasser dans tout le sachet, même près de l'ouverture, et si on ne prend pas le temps de la décompacter avant d'ouvrir, on en perd une partie. J'ai déjà utilisé, chez d'autres marques, des formats de sachet plus pratiques sur ce point précis.

Et le plaisir dans tout ça

C'est une question qu'on pose souvent aux coureurs avant une course, et qu'on m'a posée aussi : n'oublie pas de te faire plaisir. En restant aussi concentré tout du long, on peut légitimement se demander si j'ai pris du plaisir sur cette TDS.

Comme je l'ai déjà expliqué à plusieurs proches et à mon coach : j'ai pris énormément de plaisir à accomplir le travail, à bien gérer ma course et à voir que ça fonctionnait. La récompense de mon entraînement et de ma préparation, je l'ai ressentie pendant la course elle-même, et c'était très jouissif, tout en restant concentré. Je compare cette sensation à celle de quelqu'un qui prend plaisir dans son travail quand il le fait bien, parce que ça fonctionne, parce qu'il obtient des résultats. Ce n'est pas du loisir au sens strict, c'est du travail, mais on y prend du plaisir quand même. C'est comme ça que j'ai vécu le plaisir sur ma TDS.

J'ai aussi eu un vrai moment de plaisir pur, une pointe d'euphorie : la descente vers Notre-Dame-de-la-Gorge, déjà racontée plus haut. Je ne regrette rien, c'est important de trouver des moments comme celui-là, même si ce pic a ensuite failli gâcher le plaisir de la suite, avant que je ne reprenne le dessus. Sur les derniers kilomètres, en revanche, on peut tout lâcher si le corps le permet encore, et vraiment se laisser aller à l'euphorie de l'arrivée.

Pour conclure sur ce point : je goûte à l'entraînement et à la préparation des pros, dans mon organisation et la rigueur que j'y mets, et j'ai aussi goûté au plaisir des pros sur cette TDS, tout en restant à mon niveau d'amateur. On m'a déjà dit : « David, tu te prends trop la tête, la course ce n'est pas ça, le trail c'est beaucoup plus simple. » Alors pourquoi les pros auraient-ils le droit d'être félicités pour ce fonctionnement, et un amateur qui fonctionnerait pareil, avec des résultats moindres, se ferait dire qu'il se prend pour un pro alors qu'il n'en est pas un ? J'estime que chacun peut courir comme il en a envie, s'entraîner comme il en a envie, et se préparer comme il en a envie, et partir sur la même ligne de départ pour faire le même parcours : c'est la magie de ce sport.

Par David Cano